Direction Rully, en côte chalonnaise, pour trois jours en immersion chez Vitteaut-Alberti, maison familiale spécialisée dans le Crémant de Bourgogne depuis 1951. Au programme : packshots studio, reportage sur la ligne de production, portraits d’équipe, neuf planches d’ambiance produit avec la styliste Marion Guillemard, et un film de marque. Trois mots au brief : élégance, fun, couleurs. Voici comment on les a traduits en lumière.

Comprendre la maison avant d’allumer la première torche

La Maison Vitteaut-Alberti naît en 1951 à Rully, village de la côte chalonnaise considéré comme le berceau des effervescents bourguignons. Lucien Vitteaut et son épouse née Alberti font alors un choix rare : se consacrer entièrement au vin effervescent en méthode traditionnelle. Soixante-dix ans plus tard, la troisième génération tient la maison, sur une vingtaine d’hectares entre côte chalonnaise et hautes-côtes de Beaune.

Avant de sortir le matériel, j’ai passé une demi-journée à suivre les équipes sans déclencher. Comprendre le cycle du dégorgement, repérer où la lumière tombe naturellement, identifier les gestes qui reviennent. C’est du temps qu’on ne facture pas et qui change tout : sans lui, on photographie un décor. C’est la démarche que j’applique en reportage en immersion, quel que soit le terrain.

Trois jours, ce n’est pas trois fois plus d’images qu’une journée. C’est le temps qu’il faut pour que le lieu et les gens redeviennent eux-mêmes.

Gyropalettes de remuage empilées en cave, crémant de Bourgogne Vitteaut-Alberti
Gyropalettes en cave. Une torche unique en rasant, à 90° de l’axe, pour révéler la structure des cages.

Les packshots : sculpter le verre

Sur les packshots, pas de bulles ni d’effervescence. Le rôle de cette famille d’images est ailleurs : fond blanc, détourage propre, lisibilité totale de l’étiquette, lecture nette aussi bien en vignette de fiche produit qu’en pleine page. L’effervescence et le geste, ce sera le rôle des planches d’ambiance. Deux missions distinctes, deux traitements distincts.

Le principe d’éclairage d’une bouteille tient en une phrase : on n’éclaire pas la bouteille, on éclaire ce qu’elle reflète. Deux bandes lumineuses verticales en flanc, drapeaux noirs pour recreuser les arêtes, jupe de flags au sol contre le rebond. Le verre se comporte en miroir cylindrique : il avale les sources et n’en restitue qu’un liseré. Sa largeur, sa netteté et sa dégressivité sur la courbe déterminent la forme et le volume perçus. Le reste du travail consiste à nettoyer ce qui n’a rien à y faire. C’est le quotidien du studio à Lyon, sur les produits comme sur les boissons.

Les deux cuvées posent des problèmes opposés. Le Blanc de Blancs porte une étiquette claire, mate, texturée : il faut conserver le grain du papier sans brûler le blanc, tout en gardant à la coiffe or son caractère métallique. Le M Prestige porte une étiquette bleue laquée avec filets or et marquage à chaud : elle réfléchit tout, y compris ce qu’on ne veut pas y voir. Passe séparée, source plus frontale, angle d’incidence recalculé. Avec le focus stacking sur la coiffe et le muselet, chaque bouteille est un assemblage de plusieurs passes.

Packshot studio d'une bouteille de crémant de Bourgogne Blanc de Blancs Vitteaut-Alberti sur fond blanc
Blanc de Blancs. Étiquette mate : garder le grain du papier sans brûler les hautes lumières.

Neuf planches d’ambiance, avec Marion Guillemard

Le volet le plus dense du reportage : neuf visuels, un par cuvée, destinés aux pages produit du nouveau site. La difficulté est double. Chaque planche doit se reconnaître comme membre d’une même série — même grammaire, même hauteur de caméra, même respiration — tout en portant la personnalité de sa cuvée. Un blanc de blancs et un rosé n’appellent pas la même image.

J’ai travaillé avec Marion Guillemard, styliste culinaire diplômée des Beaux-Arts. Sa formation se lit dans la construction de ses mises en scène : elle compose l’image, elle ne se contente pas de disposer des objets. Notre point de départ a été la fiche de dégustation de chaque cuvée — l’agrume, la poire, le fruit rouge, le grillé, le minéral — traduite ensuite en matière, en végétal et en couleur. Le crémant reste le sujet ; l’accord l’accompagne.

Studio monté sur place, dans un espace libéré pour l’occasion. Fonds peints à la main, texture apparente, teinte choisie d’après la robe du vin : corail pour la Cuvée Dany rosé, vert profond pour le Blanc, bleu nuit pour le M Prestige. Prise de vue à la verticale, bouteille couchée : le cylindre change d’orientation et le liseré spéculaire, qui courait sur la hauteur, court désormais sur la longueur. Il devient une ligne dans la composition.

L’élément structurant de la série, c’est l’ombre portée. Une source unique, dure, très directionnelle, placée haut et de côté. Les branches de prunellier, les fleurs de cerisier et les fruits ne sont pas seulement là pour eux-mêmes : ils dessinent sur le fond. Ce sont ces ombres qui organisent le cadre et lui donnent son rythme. Une source diffuse aurait donné une image lisible mais plate ; la source dure était la condition du graphisme recherché.

Restait la couleur — le fun du brief. Fonds francs, saturation tenue, fruit frais, glace pilée. Vitteaut-Alberti produit un vin de fête : les images des pages produit avaient vocation à le dire simplement, sans rompre avec l’exigence du reste de la gamme.

La couleur du fond n’est jamais un effet. Elle vient de la robe du vin, et c’est ce qui permet aux neuf planches de tenir ensemble.

Planche d'ambiance crémant de Bourgogne Blanc Vitteaut-Alberti, poires, raisins blancs et fleurs de prunellier sur fond vert
Cuvée Blanc. Poire et raisin blanc issus de la fiche de dégustation, fond vert issu de la robe.

La ligne, la cave, la qualité : photographier l’entreprise entière

Les images de produit ne suffisent pas à porter une marque. Ce qui leur donne du poids, c’est la maison qui les fabrique. J’ai donc couvert la chaîne complète : cuverie, tirage, cave de vieillissement, remuage, dégorgement, habillage, stockage, expédition, contrôle qualité, dégustation, bureaux.

La ligne relève de la photographie industrielle au sens strict. Lumières mixtes, machines en mouvement, contraintes de sécurité, et surtout impossibilité de ralentir la cadence — ce serait coûteux pour eux et ce n’est jamais négociable. La méthode consiste donc à observer le cycle jusqu’à l’anticiper, puis à se placer au bon endroit avant que le geste arrive. Torches ponctuelles pour rendre au métal son modelé, vitesse d’obturation calée pour figer — ou pour laisser filer, quand le mouvement fait partie du sujet. Mêmes contraintes que chez Jaillance, dans la Drôme.

C’est aussi l’exercice que je travaille en vue du concours de Meilleur Ouvrier de France en photographie industrielle : obtenir, dans un environnement contraint et non modifiable, une image qui tienne la comparaison avec une image de studio.

Au contrôle qualité, le registre change. Lumière plus douce, focale plus longue, distance respectée. On travaille à côté de quelqu’un qui a besoin de sa concentration : le dispositif s’efface.

Allée de stockage des bouteilles de crémant en cave à contre-jour, reportage industriel Vitteaut-Alberti
Allée de stockage. Appareil au ras du sol, source unique posée dans l’axe de fuite.

Les portraits : là où le « fun » se joue vraiment

Sur trois jours, on a le temps de photographier des personnes plutôt que des postes. Chaque portrait a été construit sur le lieu de travail, en lumière ajoutée mais discrète : une source principale en boîte, une découpe pour décoller le sujet de son arrière-plan, et l’environnement laissé lisible en profondeur — c’est lui qui fait la différence entre un portrait et un portrait d’entreprise.

La règle que je m’impose est simple : parler avant de déclencher. Quelques minutes de conversation valent mieux qu’une série de tests. Une personne qui comprend ce qu’on est en train de construire ensemble se tient différemment, et ça se lit dans le regard.

C’est sur la photo de groupe que le « fun » du brief se jouait — et c’était le passage le plus délicat de la commande. On ne demande pas à quinze personnes d’être spontanées : il faut construire une lumière capable de tenir tout le groupe, poser un cadre qui laisse de la place au mouvement, expliquer clairement l’intention, puis laisser l’équipe s’en emparer. Elle l’a fait, largement. Cette image a été réalisée en fin de troisième jour, une fois que le dispositif était devenu familier à tout le monde.

Photo de groupe de l'équipe Vitteaut-Alberti au caveau, portrait d'entreprise, crémant de Bourgogne
L’équipe au caveau, en fin de troisième jour. Une lumière construite pour tenir quinze personnes.

Le film de marque : l’écran du caveau et la page d’accueil

Dernier volet : un film de marque à double destination. Diffusion en boucle sur un écran au caveau, devant les visiteurs venus en dégustation, et ouverture du nouveau site en fond de page d’accueil.

Les deux usages imposent des contraintes différentes. L’écran du caveau tourne sans son, devant un public qui passe : le film doit se comprendre en quelques secondes, à n’importe quel endroit de sa boucle, sans début ni fin marqués. La page d’accueil demande un format court, léger, muet également, et capable de tenir un recadrage aussi bien en 16:9 qu’en vertical.

D’où le parti pris : des plans courts, très proches, centrés sur la matière. La gyropalette qui bascule. Le fil du muselet qui se torsade. Le col glacé levé à contre-jour. La lame du dégorgeoir. La bulle qui remonte dans le verre. Le regard, en clôture. Pas de voix off — la matière, le geste, le rythme.

La cohérence chromatique avec les photos a été verrouillée en amont : même température de couleur, même étalonnage, mêmes valeurs de fond que les neuf planches produit. Site, écran du caveau et fiches produit devaient parler d’une même voix — c’est ce qui fait qu’un ensemble d’images devient une image de marque.

Trois jours, un lieu, une maison spécialisée depuis 1951. La commande était large — packshots, reportage industriel, portraits, neuf planches produit, un film — mais elle tenait sur une seule intention : l’élégance de la bulle, la couleur assumée, et l’équipe au centre. Pas d’IA, pas de banque d’images. Des gens, de la lumière, et le temps nécessaire.

Un projet de packshot, de reportage industriel ou de film de marque à raconter ? Échangeons sur votre prochaine histoire.

Direction la Drôme, au pied du Vercors, pour un reportage photo en immersion chez Jaillance, la maison qui fait pétiller la Clairette de Die depuis plus de soixante-dix ans. Trois jours en pleine effervescence : la vinification dans les cuves inox, le ballet de l’embouteillage, les portraits des femmes et des hommes du Diois, et tout un volet cocktails et ambiance de fête. Le tout saisi au direct flash, pour un rendu brut, contrasté, résolument moderne.

Trois jours en immersion au cœur du Diois

Quand la cave coopérative de Die m’a ouvert ses portes, je savais déjà que je ne voulais pas d’images léchées et désincarnées. Jaillance, ce n’est pas qu’une étiquette : c’est une aventure collective née en 1950, lorsque 266 viticulteurs du Diois ont décidé d’unir leurs forces sous l’impulsion d’Henri Bonnet. Aujourd’hui, ce sont plus de 200 vignerons qui perpétuent la méthode dioise ancestrale, unique en France, sur les coteaux escarpés de la vallée de la Drôme.

Mon parti pris : photographier ce savoir-faire en situation réelle, sans rien mettre en scène d’artificiel. Entrer dans la cuverie, suivre les gestes, capter la fébrilité d’une équipe pendant les vendanges. C’est exactement la démarche que je défends en reportage photo culinaire : figer l’éphémère, l’instinct, la vérité d’un métier.

Une boisson n’existe jamais seule. Elle vit dans des mains, dans une cuve, dans une fête. C’est tout cet écosystème que je suis venu raconter.

La vinification, des cuves inox à la mise en bouteille

Au cœur de la cuverie, la lumière se fait rare et les volumes d’acier renvoient des reflets froids. C’est là que tout se joue : la dégustation directe au tirage à la cuve, le contrôle des arômes de muscat et de clairette, la concentration de celles et ceux qui veillent sur le vin. J’ai choisi un direct flash déporté pour découper les silhouettes sur le noir des machines, donner du relief à la matière et assumer un contraste franc, presque documentaire.

Plus loin, la ligne d’embouteillage impose son rythme : des milliers de bouteilles vertes qui défilent, les bouchons, les muselets, le sol mouillé qui accroche la lumière. Le portrait de l’opérateur, bras croisés devant ses machines, dit toute la fierté d’un savoir-faire industriel maîtrisé — un terrain que je connais bien et que je prépare activement pour le concours de Meilleur Ouvrier de France en photographie industrielle.

Cocktails et mixologie : la Clairette dans le verre

Changement d’ambiance et de lumière. Place à la mixologie : un spritz à la Clairette posé sur un fauteuil de cuir patiné, un cocktail au fruit de la passion monté à même le plan de travail, le service au bar entre glaçons et bulles. Ici, le direct flash sculpte les transparences du verre, fait scintiller les bulles et joue avec les ombres portées sur les murs en pierre. L’objectif : montrer un vin effervescent vivant, contemporain, festif, loin des clichés poussiéreux.

Ce travail sur la boisson rejoint ce que je développe en studio à Lyon pour les marques de l’agroalimentaire et les artisans à forte valeur ajoutée : une image léchée sur la matière, mais toujours habitée par un geste et une intention.

Photographier une bulle, c’est photographier un instant qui n’existera plus une seconde après. Tout est dans le timing.

L’esprit de fête, signature visuelle de Jaillance

Impossible de parler de Clairette de Die sans la fête. Tapis rouge, flûtes et coupes, paillettes : j’ai voulu des images qui claquent, avec ce grain et ces couleurs saturées que seul le flash direct sait donner. Une esthétique brute et joyeuse, à mille lieues de la photo de vin convenue, pour coller à l’énergie d’une maison qui sait que ses bulles accompagnent les grands moments.

De la vigne au verre, du cariste au mixologue, ce reportage raconte une maison coopérative ancrée dans son terroir et tournée vers son époque. C’est précisément ce que j’aime faire : relier le producteur, le produit et le plaisir final dans une même narration visuelle, qu’il s’agisse d’un domaine viticole, d’un chef étoilé ou d’un artisan du goût.

Un projet de reportage de marque, de film ou de photographie de produit à raconter ? Échangeons sur votre prochaine histoire.

Circle, rap et cuisine raffinée

J’ai récemment eu l’opportunité de réaliser un reportage photo culinaire en immersion au restaurant Circle, à Lyon, tenu par Agathe et Bastian Ruga. Un lieu singulier, aussi brut qu’inspirant, où la culture rap résonne en cuisine comme une bande-son instinctive. Ici, pas de fioritures : tout est énergie, feu et précision.

Dès mon arrivée, j’ai senti qu’il fallait oublier le studio : place au reportage vrai, à l’instant volé. Pour cette prise de vue culinaire, j’ai privilégié une approche documentaire, en lumière naturelle renforcée ponctuellement par un éclairage au flash cobra, pour ne jamais rompre le rythme du service.

J’ai utilisé comme configuration :
Olympus OM-D E-M10 pour son aspect compact, discret et son rendu couleur inimitable.
Objectifs fixes macro et grand angle, pour m’approcher au plus près des dressages sans perturber les équipes.

Chaque étape du reportage a été pensée comme une narration :

1- Préparation en cuisine, mise en place des produits.
2- Moments de tension et de flow en plein service.
3- Focus sur les gestes, les textures, la fumée, la lame qui tranche.
4- Captures en direct des plats sur Capture One, avec écran calibré pour un rendu fidèle en temps réel.
5- Choix d’une colorimétrie chaude et contrastée en post-production, pour traduire l’intensité du lieu.

Mon approche reste artisanale : pas d’intelligence artificielle, car je crois que les images doivent raconter une histoire vraie, pas un fantasme généré. La cuisine mérite une photographie honnête, qui respecte autant la beauté du geste que la singularité du lieu.

Cette série, c’est une plongée dans un restaurant lyonnais comme on en voit peu : hybride, affranchi, et terriblement vivant et aujourd’hui détenteur d’une belle étoile Michelin !!!